Mercredi 3 septembre 2008
Par Célia
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Mercredi 6 août 2008
Étrange août parisien.
La moitié de la ville semble s'être évaporée au soleil. Ceux qui restent flottent dans une sorte de lenteur ouatée. Ils en profitent pour se parler, comme en transit, entre deux bulles de quotidien et deux cars de touristes allemands. Du barman de la Petite Périgourdine au balayeur malien de la rue du travail en retard, en passant par le vendeur du café-manga taxeur de clopes, je n'ai jamais autant connu mes voisins. J'ai presque l'impression d'être en voyage.

Fini La Chambre aux Echos, de Richard Powers, conseillé par le Picte.

« Mais si en nous, rien jamais n'était pleinement nous, au moins une parcelle de nous allait-elle son chemin, au hasard des autres, au carrefour des échanges. Les circuits d'un autre mêlaient leurs cercles aux nôtres ».


Par Célia
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Mercredi 16 juillet 2008
— Rien au monde ne vaut qu'on se détourne de ce qu'on aime. Et pourtant je m'en détourne, moi aussi, sans savoir pourquoi. C'est un fait, voilà tout. Enregistrons-le et tirons-en les conséquences.
— Quelles conséquences ?
— Ah ! On ne peut pas en même temps guérir et savoir. Alors guérissons le plus vite possible. C'est le plus pressé.


Par Célia
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Lundi 7 juillet 2008
En déterrant...



... de vieux machins, au détour de sérieuses discussions éditoriales et de non moins sérieuses bières. Ce générique avec la voix off de Patrick Stewart m'a toujours fait rêver.

Grâce à un heureux fond de geekitude, j'ai vu en matière de séries SF une bonne partie de ce que les programmeurs du câble et mes dealers de coffrets DVD ont bien voulu me fournir depuis...  ça commence à faire.

Résultat des courses : Star Trek The Next Generation reste à mon avis au-dessus de la mêlée. Certes, on n'y retrouve ni l'ambition réaliste et futurologiste de Babylon 5, ni l'esthétisme travaillé et la noirceur superbes de Battlestar Galactica. STNG, c'est kitsch, moins que le Star Trek original, mais bon, OK, kitsch quand même. Une centaine d'années plus tard, le pyjama beige de Kirk a muté en combinaison de plongée velcro rouge,  plus sexy mais pas tellement plus plausible, que le so french capitaine Jean-Luc Picard passe son temps à rajuster en un tic inoubliable. L'acteur androïde de service est recouvert d'un pelliculage gris métallisé que ne renierait pas un éditeur de collection SF en poche. Bref.

Pourquoi, alors, ST Next Gen est-elle une grande série de science-fiction ?

Peut-être parce que c'est la seule. La seule à développer sur sept saisons de véritables scénarios science-fictifs. La seule à ne pas utiliser la SF comme un décor de prétexte à la mise en scène d'autres thématiques souvent américano-américaines (ce que fait avec talent Battlestar Galactica.) Identité, immortalité, conscience, mémoire, temporalité, ubiquité, altérité, humanité... À peu près tout y passe (puisqu'on a le temps), et si parfois la série se pète la gueule en s'attaquant à des concepts métaphysiques trop gros pour elle, on a droit à une multitude de superbes réussites et à certains moments purement bouleversants. Une sorte de grande anthologie de la science-fiction classique servie par une distribution très shakespearienne et des références savoureuses - un des plus réjouissants personnages récurrents est le James Moriarty de Doyle.

Et puis parce que cette série américaine crée par le Texan Gene Roddenberry est finalement très peu américaine. Avoir fait de son capitaine un français agnostique, défenseur du principe de non-ingérence, qui tient bien davantage de Tocqueville et de Levi-Strauss que de La Fayette, était déjà un manifeste en soi. Pas de cul, très peu de violence, c'est peut-être ringard mais c'est rafraîchissant, aussi. Enfin, on échappe à l'insupportable religiosité qui dégouline des séries sus-nommées et d'un certain nombre d'autres, et qui se manifeste la plupart du temps par l'obsession du messianisme, comme si les américains étaient devenus incapables d'imaginer un futur sans Dieu.

Star Trek Next Gen s'achève par le procés de l'humanité défendue par Picard devant Q, alter-ego omnipotent et facétieux de Lucifer. Rien que pour voir ça, ça vaut le coup d'aller cambrioler le capitaine qui détient l'intégrale DVD.



Par Célia
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Jeudi 3 juillet 2008
Symétries et réminiscences... Il est des oeuvres classiques qui nous ont profondément touchés dans nos premières années et que nous croyions enfouies sous la poussière de nos souvenirs chers. Elles ressurgissent parfois dans notre vie sans crier gare. La Peste de Camus et Le Prince heureux de Wilde sont de celles-là, pour moi.

Piégé à Oran dans le roman de Camus après le début de l'épidémie de peste et l'instauration de la quarantaine, le journaliste parisien Rambert cherche obstinément à fuir la ville pour rejoindre la femme qu'il aime. "Je ne suis pas d'ici", répète-t-il inlassablement au docteur Rieux qui lui refuse un passe-droit. Contraint de demeurer dans la cité, Rambert apporte malgré tout son aide à Rieux dans l'organisation des secours. Plus tard, au plus fort de l'épidémie, quand l'occasion de fuir se présente réellement, il choisit de rester jusqu'à la fin.

L'hirondelle de Wilde s'est attardée dans la cité malgré l'approche de l'hiver "par amour pour une très belle plante de la famille des roseaux" dont elle s'est finalement lassée. Sur le point de migrer enfin vers l'Egypte, elle s'installe pour une nuit sur le piédestal de la statue dorée du Prince heureux qui contemple avec désespoir la misère de la ville à ses pieds. La statue du prince supplie l'hirondelle de rester une seule nuit encore, puis une seule autre, puis une seule autre, afin de le dépouiller des joyaux qui l'ornent pour soulager la misère de la cité. Après avoir arraché les saphirs qui constituaient ses yeux, l'hirondelle ne peut plus se résoudre à abandonner le prince aveugle.

Le journaliste retrouvera son amante qui l'a attendu - et dont Camus ne dit quasiment rien. L'hirondelle mourra de froid après un dernier baiser aux lèvres de la statue du prince qui sera abattue. L'un choisit de rester en luttant contre son amour, et survit pourtant grâce à lui. L'autre choisit de rester par amour et y perd la vie.

Wilde ne pouvait pas donner d'autre issue à son conte tragique que celle du sacrifice suprême tempéré par l'espoir d'une miséricorde divine - un ange vient ravir aux notables cupides le coeur du prince et le corps de l'hirondelle.

La destinée du personnage trop humain de Camus, celle de la révolte et du désir de vivre, aurait-elle pu être différente ?





Par Célia
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