Mercredi 3 septembre 2008
Par Célia
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Étrange août parisien.
La moitié de la ville semble s'être évaporée au soleil. Ceux qui restent flottent dans une sorte de lenteur ouatée. Ils en profitent pour se parler, comme en
transit, entre deux bulles de quotidien et deux cars de touristes allemands. Du barman de la Petite Périgourdine au balayeur malien de la rue du travail en retard, en passant par le vendeur du
café-manga taxeur de clopes, je n'ai jamais autant connu mes voisins. J'ai presque l'impression d'être en voyage.
Fini La Chambre aux Echos, de Richard Powers, conseillé par le Picte.
« Mais si en nous, rien jamais n'était pleinement nous, au moins une parcelle de nous allait-elle son chemin, au hasard des autres, au carrefour des échanges. Les
circuits d'un autre mêlaient leurs cercles aux nôtres ».
Par Célia
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Symétries et réminiscences... Il est des oeuvres classiques qui nous ont profondément touchés dans nos premières années et que nous croyions enfouies sous la
poussière de nos souvenirs chers. Elles ressurgissent parfois dans notre vie sans crier gare. La Peste de Camus et Le Prince heureux de
Wilde sont de celles-là, pour moi.
Piégé à Oran dans le roman de Camus après le début de l'épidémie de peste et l'instauration de la quarantaine, le journaliste parisien Rambert cherche obstinément à
fuir la ville pour rejoindre la femme qu'il aime. "Je ne suis pas d'ici", répète-t-il inlassablement au docteur Rieux qui lui refuse un passe-droit. Contraint de demeurer dans la cité, Rambert
apporte malgré tout son aide à Rieux dans l'organisation des secours. Plus tard, au plus fort de l'épidémie, quand l'occasion de fuir se présente réellement, il choisit de rester jusqu'à la
fin.
L'hirondelle de Wilde s'est attardée dans la cité malgré l'approche de l'hiver "par amour pour une très belle plante de la famille des roseaux" dont elle s'est
finalement lassée. Sur le point de migrer enfin vers l'Egypte, elle s'installe pour une nuit sur le piédestal de la statue dorée du Prince heureux qui contemple avec désespoir la misère de la
ville à ses pieds. La statue du prince supplie l'hirondelle de rester une seule nuit encore, puis une seule autre, puis une seule autre, afin de le dépouiller des joyaux qui l'ornent pour
soulager la misère de la cité. Après avoir arraché les saphirs qui constituaient ses yeux, l'hirondelle ne peut plus se résoudre à abandonner le prince aveugle.
Le journaliste retrouvera son amante qui l'a attendu - et dont Camus ne dit quasiment rien. L'hirondelle mourra de froid après un dernier baiser aux lèvres de la
statue du prince qui sera abattue. L'un choisit de rester en luttant contre son amour, et survit pourtant grâce à lui. L'autre choisit de rester par amour et y perd la vie.
Wilde ne pouvait pas donner d'autre issue à son conte tragique que celle du sacrifice suprême tempéré par l'espoir d'une miséricorde divine - un ange vient ravir
aux notables cupides le coeur du prince et le corps de l'hirondelle.
La destinée du personnage trop humain de Camus, celle de la révolte et du désir de vivre, aurait-elle pu être différente ?
Par Célia
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